AccueilActu locale65Déclaration liminaire de la CGT Educ 65 au CDEN du 11 février

Déclaration liminaire de la CGT Educ 65 au CDEN du 11 février

Mesdames et messieurs les membres du CDEN,

           La situation est si dégradée que nous ne savons même plus par où commencer, entre l’abandon de nos collègues et des élèves mahorais·es par une Ministre méprisante comme jamais, un Premier Ministre qui reprend les antiennes racistes du RN en parlant de « submersion migratoire » et en acceptant des coupes dans l’AME, une interpellation d’élève dans un établissement scolaire en vue d’une expulsion et des coupes franches dans l’ensemble des budgets de l’Etat et des collectivités. Nous voulons donc avant tout dire notre soutien à l’ensemble des personnes victimes de ces politiques délétères.

Parmi ces victimes se trouvent une fois de plus nos collègues. Contrairement à toutes les annonces faites par la Ministre et ses services, nos conditions de travail seront une fois de plus dégradées à la rentrée prochaine. Trois postes sont supprimés et huit classes ferment dans le premier degré, soit toujours plus de collègues contraint·es d’abandonner leur école. Et dans les LGT, c’est littéralement un plan social : 15 postes supprimés, pour une perte prévisionnelle de 90 élèves. Ici, même votre argument éculé et dégradant de la démographie (qu’on n’a jamais entendu quand elle était à la hausse) ne tient plus : c’est objectivement une dégradation des conditions de travail des collègues et des élèves que vous prévoyez.  Dans un contexte de hausse sans précédent des RPS, nous ne pouvons que penser à la sinistre mémoire de France Télécom, nous espérons que vous n’aurez pas à endosser les mêmes responsabilités que ses dirigeants.

Si la voie professionnelle ne subit pas aujourd’hui de suppressions massives de postes, les conditions de travail en son sein sont dégradées depuis longtemps. Nous dénonçons l’évolution de la carte des formations sans les moyens afférents et la mise en place du parcours dit « en Y » qui une fois de plus essaye de renvoyer les élèves, d’autant plus ceux des classes populaires, vers un monde du travail toujours plus maltraitant. Cela continue d’aller dans le même sens que les FCIL, un adéquationnisme radical et la baisse du niveau de formation des élèves les plus défavorisé·es.          

Derrière la dégradation des conditions de travail et les suppressions de postes il y a des vies, dont la stabilité est mise en danger. Et les vies de collègues qui attendent, souvent depuis des années, de rentrer chez elles et eux, et qui souffriront une année de plus loin des leurs. Nous voyons des collègues en grande souffrance, qui se sentent abandonné·es et méprisé·es par une institution qui ne les considère que comme des pions interchangeables et jetables.

Et pourquoi toutes ces dégradations ? Pour financer toujours plus d’aide aux entreprises, les vraies assistées de ce pays. Les aides à l’apprentissage ne sont pas supprimées et continueront de concerner massivement des jeunes et des entreprises qui n’en ont pas besoin, des cadres recrutés en licence ou en master par des entreprises tout à fait à-même de les salarier sans aide. Les taxes sur les hauts revenus et sur les patrimoines ne seront pas suffisantes ou pérennes.

Tout cela nous questionne fortement sur les priorités du Gouvernement. La qualité du service public, des conditions de travail de ses agents ainsi que la qualité du service fourni aux usagers, ici nos enfants, ne l’intéressent en rien. La seule chose qui l’intéresse est la maximisation du profit d’une oligarchie au service de laquelle il s’est placé. Les seules choses sur lesquelles un recul lui semble inenvisageable est l’ensemble des baisses d’impôts au service des capitalistes qui ont creusé les déficits qui mettent l’Etat en difficulté aujourd’hui. La baisse massive des cotisations patronales, de l’impôt sur les sociétés, des impôts de production ou encore la flat tax à 30% ont généré au fil des années des centaines de milliards de dépenses sans le moindre effet positif démontré ailleurs que dans les poches des actionnaires.

Pour pouvoir maintenir leur politique délétère de destruction des services publics, les  agents du néolibéralisme s’allient aux pires des réactionnaires, à qui ils ne cessent de donner des gages. Si en CSE les organisations syndicales ont réussi à obtenir un certain nombre de victoires, notamment le retour de la référence à l’identité de genre plus tôt dans la scolarité ou encore la fin de l’annonce aux parents des séances en amont, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle a donné lieu à un déluge d’expressions au mieux moyenâgeuses. Entre l’ex-ministre délégué Portier qui voulait retirer toute référence au genre puis la volonté de laisser aux parents un regard sur le contenu des séances, nous avons pu voir notre Ministère céder à des collectifs tels que les Zemmouristes « parents vigilants », qui mettent en danger les personnels et élèves, qu’ils appellent à harceler pour satisfaire leur lubies racistes ou LGBTQIA-phobes. Nous nous inquiétons très fortement de l’entrisme de ces collectifs qui réfutent le consensus en sciences sociales pour porter des positions toujours plus réactionnaires, et encore plus des satisfecit accordés par le Gouvernement à leurs positions. Que dire d’un Retailleau qui soutient un collectif qui se dit « identitaire », c’est-à-dire raciste, tel que les Némésis ? Le barrage républicain ressemble de plus en plus à une passerelle vers le fascisme. Il n’est même plus besoin de l’élire pour le voir s’exprimer au pouvoir.

Le caractère raciste et fascisant du pouvoir est on ne peut mieux illustré par le retour de rafles d’élèves comme cela a pu avoir lieu en Moselle. Nous nous satisfaisons de la réaction rapide de la Ministre pour rappeler le caractère illégal de ce type d’actions, mais nous sommes effarés que ce type de pratique redevienne envisageable dans les services de l’Education Nationale, de certaines Préfectures et de la Gendarmerie. Cela dit beaucoup de l’air du temps et de l’évolution du champ de l’acceptable dans les esprits.

Enfin, nous nous étonnons de la dégradation particulièrement forte de nos moyens rapportée à l’évolution réelle de la situation. Nous sommes loin d’être les plus touchés par le déclin démographique, et pour autant nous sommes les plus touchés en matière de suppressions de l’ensemble de l’Académie rapporté au nombre de postes.

Pour conclure, nous ne pouvons que vous renouveler notre inquiétude, tant pour les conditions de travail qui se dégradent que pour l’air du temps, de plus en plus rance, et face auquel nous voyons notre Ministère ployer plutôt que résister.